0 La forêt ivre de Vailly Lac de Vallon. Il y a 27 000 à 30 000 ans, le glacier du Rhône, qui allait jusqu’à Genève, barrait le cours des Dranse et du Brevon. Dans les vallées, des lacs se sont alors formés, où des argiles se sont déposées. Ces dépôts sont à l’ori‑ gine de glissements de terrain. Les basses vallées du Brevon, d’Aulps et d’Abondance subissent toujours de nos jours ces phénomènes localisés, mais importants. Les premiers écrits relatant des mouvements de terrain dans ce sec‑ Détour par le lac de Vallon Derrière ses berges herbeuses et boisées, le lac de Vallon cache une his‑ toire récente. En 1943, un glissement de terrain est parti de Vallonnet, sous la pointe de la Gay, en rive droite du lac actuel. La coulée de boue très visqueuse a barré le cours du Brevon, emportant sur son passage une dizaine de chalets et deux scieries. En amont du barrage ainsi formé, les eaux sont montées, donnant naissance au lac actuel. Dans un premier temps, ce lac s’appelait de Chauronde ou de l’Écon‑ duit. Ce sont les noms des deux hameaux disparus. Le premier a été em‑ porté par la coulée de boue et le second englouti par la montée des eaux. Mais le lac fut rebaptisé lac de Vallon dès 1946, en référence au nom de la vallée. Aujourd’hui, une faune et une flore caractéristiques des zones humides et protégées s’y sont installées. Cet écosystème évoluera avec le temps vers le comblement progressif du lac. Pour compléter la découverte : le musée de l’histoire et des traditions de Bellevaux présente notamment un film d’époque. 126 Reconnaissable à son clocher à bulbe surmonté d’une flèche, l’église Notre-Dame de l’Assomption de Bellevaux, de style néo-classique sarde* avec des réminiscences baroques, a été construite en 1826. À l’entrée, les escaliers sont en marbre de la Vernaz. Lorsque les marches sont mouillées, vous pouvez y observer quelques ammonites ! Plus discrets dans le paysage, les oratoires sont nombreux dans la vallée du Brévon. 3 teur datent de 1733 ; depuis, le glissement dit « de Vailly » est l’un des plus étudiés de France. C’est le plus grand de Haute-Savoie, d’une surface de 400 ha. En descendant depuis le Lavouet jusqu’au Brevon, vous consta‑ terez que les pentes des prés ondulent. Ce sont les premiers indices du glissement de terrain. On voit aussi que certains troncs d’arbres penchent bizarrement, dans toutes les directions, produisant ce que l’on appelle une forêt ivre. Quand les glissements concernent la partie supérieure du terrain, l’arbre reste en place et les racines sont étirées. On dit alors que les racines sont en cordes de guitare. Pour réduire ces phénomènes, des ouvrages d’art ont été réalisés : barrages et contre-barrages en cascades se succèdent. Ils ont été construits à partir de 1937. Lavouet : la carrière de marbres de la Vernaz Le calcaire dit « marbre de la Vernaz » est une brèche noduleuse de teinte rouge à brun vert, datée d’environ 150 millions d’années. Ce calcaire a servi à réaliser des éléments sculptés dès le xiiie siècle. En finition polie, la plus ancienne réalisation répertoriée est une cheminée qui se trouve au château de Vullierens et qui date de 1713. Les pierres d’angle et le tabernacle* de l’église néo-classique sarde* de la Vernaz, les marches et la balustrade du chœur de l’église Saint-Hippolyte de Thonon-les-Bains (1725) et de nombreuses pierres des oratoires de la vallée en sont issus. Exploité jusqu’en 1994, le site de Lavouet est généralement méconnu et l’ancienne carrière est peu visible. 3 À 1 105 m d’altitude, la tourbière des Mouilles d’Hirmentaz conserve d’anciennes fosses d’exploitation de tourbe*. Elle offre une des plus belles stations départementales de polémoine bleue, une espèce végétale protégée. Autres curiosités naturelles sur ce parcours : à l’aval du Lavouet, les pelouses à Molinie hébergent une vingtaine d’espèces d’orchidées, dont le célèbre sabot de Vénus. La faune bénéficie de la quiétude du site et de la diversité des biotopes : le castor d’Europe côtoie le chevalier guignette, la pie-grièche écorcheur, la rousserolle verderolle et, dans la mare, le crapaud sonneur à ventre jaune. Pour compléter la découverte : le musée de la Faune à Bellevaux. 127 ">
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